Je suis un privilégié. Non, je n’ai pas mal aux chevilles et non, je n’ai pas de fièvre. Je fais partie de ces rares personnes à travers le monde qui, à l’instant où je poste ce billet, ont pu écouter A Dramatic Turn of Events, le nouvel album de Dream Theater, le premier sans Mike Portnoy. Au moment d’écrire ces présentes lignes, je me demande comment Dream Theater n’est pas encore complètement tombé dans l’indifférence. Pire, je pousse la réflexion : comment le gang de Long Island a su regagner l’intérêt de ses fans, y compris de la frange rebelle qui l’a depuis longtemps délaissé.

Et les bougres ont failli faire mouche : Le communiqué de presse on ne peut plus formel faisant état, avec perte et fracas, du départ de Mike Portnoy est tombé. Ils se sont mis à auditionner des batteurs, selon des critères de sélection un peu élitistes qui ont de quoi faire jaser. Au final, c’est Mike Mangini qui décroche la timbale. De la même manière, on sait qu’il n’a pas pris part à l’écriture de ce nouvel album, sensé marquer le début d’une nouvelle ère pour les New Yorkais. Autant le dire que l’attente est immense, même de la part de ceux qui ont tourné le dos au groupe, ne serait-ce que par curiosité.

Bien qu’impensable à l’époque, le départ de l’emblématique Portnoy a eu pour bienfait de restaurer la démocratie au sein du groupe (sic). Depuis Six Degrees of Inner Turbulence, c’était principalement l’animal tatoué mi-pieuvre mi-batteur qui décidait de la direction artistique à suivre, faisant passer parfois ses caprices personnels avant l’intérêt collectif (reprises d’albums en intégralité et d’autres titres parfois limite question choix et rendu). Aujourd’hui l’ensemble de la formation (hormis Mangini) a eu droit de parole. Et ça se ressent sur les titres. Vous connaissiez déjà «  On The Back Of Angels  », dévoilé il y a quelques mois de cela et qui renouait avec une «  sorte » de retour aux sources réussi. Laissant entrevoir une lueur d’espoir, les autres titres font preuve d’un peu plus de variété, un mot que l’on croyait disparu du vocabulaire de Dream Theater tant la volonté de vouloir sortir des albums homogènes, d’une manière ou d’une autre, avait pris le pas sur la spontanéité.

C’est donc avec surprise que les Beat Electro de « Build Me Up, Break Me Down  » démarrent un titre qui aurait pu figurer sur Six Degrees… mais la fadeur et la platitude gagnent vite l’esprit. Il faut attendre «  Lost, Not Forgotten » pour voir une seconde lueur d’espoir apparaître dans les oreilles.

Mais le soufflé retombe illico avec «  This Is The Life » balade qui, non pas qu’elle soit insipide au contraire (de toute façon, ils ne pourront pas faire pire qu’avec «  The Answer Lies Within » ou «  Forsaken »), mais le sentiment de déjà entendu la rend on ne peut plus banale. Non, le sommet du disque est sans doute «  Breaking All Illusions » où l’on retrouve enfin le grain de folie que l’on a longtemps recherché sur les derniers disques de Dream Theater. Les plus pointilleux se demanderont également ce qui a bien pu passer dans la tête d’Andy Wallace pour servir un mix aussi poussiéreux.

Vous l’aurez compris, A Dramatic Turn Of Events est à l’image d’un circuit de montagnes russes, avec des hauts et des bas. In extenso, le fossé entre les fidèles de la première heure et les dissidents déclarés risque de se creuser encore un peu plus qu’il ne l’est déjà. Certains accorderont des circonstances atténuantes à John Petrucci et son équipe insistant sur le fait que c’est un groupe se cherche avec l’arrivée de Mike Mangini. Car quoi qu’on en dise, il est devenu l’homme de toutes les attentes, censé redonner un coup de fouet à une formation gagnée par la sclérose. A vous de juger. Quant aux frondeurs qui ont délaissé le groupe depuis des années, rien ne dit qu’ils retournent leur veste avec ce nouveau disque. Et vous ? Dans quel camp vous situez-vous ?

PS : Pour ma part, le choix de Mike Mangini (bien que j’adore ce batteur) ne m’a pas convaincu au début. J’avais mis ma pièce sur Marco Minnemann, mais après coup, je l’ai trouvé trop fort pour Dream Theater.  Vous aurez aussi remarqué que je n’ai pas parlé de Jordan Rudess. Entre nous… il ne valait mieux pas